à coeur ouvert

Je suis artiste-peintre depuis maintenant plus de dix ans par choix mais également par nécessité, parce que la peinture m'accompagne depuis mon enfance. J'ai donc fait des études dans ce domaine dès le lycée et je dois avouer que l'école ne m'a jamais vraiment enseignée les aspects plus administratifs du métier. Cependant l'engagement syndical et les discussions politiques ont toujours animé les repas de famille. Mon engagement actuel (syndiquée au SNAPcgt depuis trois ans) découle naturellement de cette éducation que j'ai reçu.

Dès la première année où je me suis inscrite au statut d'artiste-auteur et (dès la première vente) où par la suite je me suis déclarée à la Maison des Artistes (un devoir pour payer ces cotisations sociales, que certains artistes ignorent) - j'avais déjà conscience que la voie que je prenais, serait semée d'embûches, de déceptions, de frustrations et que le chemin serait long pour pouvoir prétendre "vivre" financièrement de ma peinture. Consciente que la culture est salvatrice mais tellement fragile dans une société de plus en plus consumériste, j'ai tout de suite réalisé que je devais être polyvalente. Par conséquent j'ai passé un BTS Communication Visuelle et après mes études j'ai cherché un travail dans le graphisme, croyant naïvement que je trouverais un poste au bout de 6 mois pour une première expérience de travail dans le domaine artistique. Mais la réalité fut toute autre - c'était il y a 10 ans et de très nombreux étudiants sortaient également des écoles. Multipliant les entretiens d'embauche durant un an (partout en France), j'ai vite réalisé que la tâche ne serait pas facile. Je sortais de l'école et je connaissais déjà le chômage dans le domaine professionnel que j'avais choisi. Cette période fut propice pour en apprendre plus sur les démarches à suivre et me déclarer en tant qu'artiste-peintre indépendante, me résignant également à trouver un travail d'appoint ("alimentaire" dans le jargon) et si possible à temps partiel pour pouvoir continuer de travailler ma peinture. J'ai donc travaillé 4 années en cumulant un travail "alimentaire" et ma peinture : exposant dans les cafés, les restaurants, certains salons pour commencer (me refusant aussi à payer pour exposer), parce que démarcher auprès des professionnels (des galeristes, des institutions culturelles...) m'était étranger et m'intimidait. Les expériences de ces dernières années m'ont enseignée la nécessité d'être éclairée en tant qu'artiste pour survivre.

Aujourd'hui, dix ans se sont écoulés, je peins toujours mais je ne "vis" toujours pas de ma peinture. Ayant repris un travail à temps partiel depuis 4 mois (en CAE, me désinsérant en quelque sorte de la peinture pour m'insérer dans l'emploi), je suis une artiste précaire comme beaucoup et j'ai encore beaucoup de difficultés à concilier les deux. Mais je me dois de m'accrocher parce que la peinture m'est vitale justement. La vie nourrit ma peinture et réciproquement la peinture me nourrit humainement, dans cette société qui s'éloigne de plus en plus de la simple réalité de notre existence.

Je réalise encore qu'il en faut du courage et de la persévérance pour continuer à arpenter ces chemins tortueux artistiques. Les médisances et dénigrements que nous subissons artistes et plus globalement précaires, de la part du gouvernement (avec l'inaction voulue ou non du Ministère de la Culture à réformer de manière juste le régime des artistes-auteurs, les dernières augmentations de cotisations retraites et de TVA, le manque de financement institutionnel concret et diversifié...), annihilent et "enterrent" la diversité culturelle et indéniablement paupérisent la culture en général. Depuis trois ans d'engagement syndical au sein du SNAPcgt (Syndicat National des Artistes Plasticiens), j'apprends beaucoup de choses administrativement, juridiquement et aussi humainement. Et conformément, je m'exerce par les mots à me battre contre les propositions indécentes (de plus en plus répandues) : contre cette tendance au travail spéculatif chez les artistes-auteurs, au bénévolat abusif, à cette servilité volontaire constante et très insidieuse ! Je ne sais pas si la politique actuelle nous musèle de plus en plus volontairement, nous nivelle par le bas lâchement, mais j'ai toujours pensé qu'une société qui dénigre ces artistes est une société en déclin. L'artiste se doit d'avoir une place importante dans une société qui veut fonder son développement et s'enrichir sur le partage des savoirs. Malheureusement une autre réalité dénigre cela : l'argent et la quête perpétuelle de certains à s'enrichir au détriment du bon sens, du bien-commun et du respect de la nature. Plus on "tire" vers le bas, plus on se dévalorise et on perd en dignité ! Artistiquement parlant, j'ai ce désir de renouveller, travailler plus intensément ma peinture et cette dernière se doit d’être empreinte de mes questionnements majoritairement philosophiques; mais ma situation actuelle se heurte encore à des frustrations que je dois maîtriser et des démarches que je dois effectuer seule – et parfois la résignation peut prendre le dessus. J'ai 34 ans et j'espère rester digne, garder l'énergie nécessaire pour continuer de travailler ma peinture et m'exprimer librement - un jour peut-être pouvoir travailler dans un vrai atelier et exposer décemment.

Amis Artistes - bienfaiteurs de la culture - n'oublions pas de se battre pour tous les artistes-auteurs même les invisibles ! N'oublions pas de se battre pour la culture en général et surtout sa diversité ! L'indignation et l'action pour le bien commun est encore possible !

L'Houtellier Marie – artiste-peintre engagée et éclairée

C'est déjà vendre son âme que de ne pas savoir la réjouir.

Albert Camus

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